1) Pour le commun des mortels, dès qu’il s’agit de « médecine manuelle », tout se ressemble et est volontiers assimilé à de l’ostéopathie. Il en va tout autrement dans la réalité des professionnels puisque l’orthopractie est à l’opposé du dogme fondateur ostéopathique selon lequel « la structure gouverne la fonction ». En effet, la neurophysiologie des systèmes intégrés conduit à penser que la fonction, et même mieux l’élaboration de la fonction, précède le temps structurel : le cerveau doit avant tout être considérée comme une extraordinaire boucle perception-action-perception. Hors traumatologie ou pathologie organique, nous considérons que 90% des dites « lésions structurelles » ne sont en fait que la résultante de défauts d’élaboration de la commande motrice, aussi bien dans ses aspects tonique, phasique que cognitifs ou psychoémotionnels : les troubles neurovégétatifs en étant un corrélat obligé. En mettant le sujet en interaction directe avec la physiologie humaine la plus fondamentale, l’orthopractie renouvelle le discours d’une thérapie manuelle dans un sens notoirement plus écologique.

 

 

2) Jean Luc Safin et Jean Moneyron ont partagé leur quotidien thérapeutique pendant plus de 20 ans. Ce patrimoine commun n’a pas d’équivalent. Il faut sourire de la célérité avec laquelle certains se réclament aujourd’hui de la « méthode Moneyron » alors qu’ils n’ont aucune idée de ce qui se faisait et se disait au cabinet.

 

La première chose est de préciser que Moneyron ne parlait jamais de sa méthode puisqu’il savait pertinemment n’avoir inventé aucune de ces techniques. Ce sont les autres et Bourdiol en particulier, qui ont pris la liberté de lui attribuer cette paternité (1972) sans s’embarrasser de forme. C’est pourtant à une empirique (sœur Chabrit ) connue de toute l’Auvergne des années 50 que Moneyron a dû la totalité d’un savoir faire de transmission ancestrale. Adopter un terme générique est donc finalement une façon de respecter l’histoire.

 

Il existe ensuite deux façons de voir les choses : soit on trouve normal de continuer à appliquer des recettes empiriques au seul prétexte qu’elles ont fait leur preuve et que c’est comme ça ; soit on choisit de les confronter à l’avancée des connaissances pour optimiser le service rendu au patient, comprendre ce que l’on fait et éliminer les erreurs. S’il est possible peut de se contenter de la première pour faire la cuisine (et encore), il en va tout autrement quand il s’agit de la santé et en particulier de celle des autres. Soyons sérieux. Si tout n’est pas rose dans le progrès, il y a du bon à prendre : ça n’est pas par hasard que notre espérance de vie gagne un trimestre chaque année. Le reste est une question d’état d’esprit : il y aura toujours des gens prêts à se faire transfuser du sang de mouton au prétexte de ce qui se faisait sous Louis XIV et des professionnels à croire, encore aujourd’hui, qu’on peut traiter un vertige par une manipulation cervicale ou une compression du 4ème ventricule. Au patient de faire le tri.

 

Sortir ces techniques de l’obscurantisme est la meilleure façon d’honorer ceux qui nous ont précédés. Elles le méritent. L’absence de sens manipulatif et le fait que le patient soit manipulé dans sa station debout naturelle sont quelques singularités qui attirent l’attention et permettent de se confronter à la neurophysiologie des systèmes intégrés. Ce qui passait à l’époque pour artifices apparaît aujourd’hui comme des éléments contextuels hors du commun dans la mesure ou il est admis que l’encodage des données sensorielles périphériques par le cerveau est très largement dépendant du contexte environnemental. Le déchiffrage des pathologies, le sens donné à l’action thérapeutique, l’ajout de techniques originales enrichissant le répertoire des gestes ancestraux font que l’orthopractie-posturologie n’a plus grand-chose à voir avec ce qui se disait et faisait il y a 40 ans. Les professionnels apprécient, les patients ne s’y trompent pas.

 

 

3) Sur terre, il n’est pas possible de transiger avec le facteur gravitaire : il s’impose à chacun comme un véritable diktat et conditionne l’essentiel des dépenses énergétiques, du fonctionnement viscéral (voyez ce qui se passe au plan digestif, urinaire, vasculaire lors d’un alitement prolongé ou dans l’espace), de la régulation du tonus postural et, nouveauté, des activités cognitives et des apprentissages. Pas de tonus dans les muscles extenseurs et pas de réflexe myotatique sans gravité : en manipulant homme debout, l’orthopractie transforme le facteur gravitationnel en amplificateur sensoriel et prend le système à son propre piège.

 

 

4) La posturologie est une discipline médicale et paramédicale récente, reconnue par la communauté scientifique. Elle permet d’analyser la capacité qu’à un cerveau, à organiser le maintien postural d’un individu donné ; autrement dit, à lui permettre de vivre debout, confortablement, avec un minimum d’énergie dépensée pour exécuter avec rapidité et efficacité le répertoire de tâches de ce qui fait son quotidien.

 

C’est le temps premier qui analyse, quantifie, qualifie les éventuelles anomalies de répartition du tonus postural par des tests cliniques et instrumentaux ; le thérapeute évalue les conséquences de ces troubles sur les systèmes associés, en particulier au plan de la cognition spatiale. Mais la posturologie ne soigne pas. Une fois ces anomalies de distribution des forces mises en évidence, reste au posturologue à trouver le moyen de réafférenter les centres intégrateurs du SNC pour lever le conflit sensoriel et corriger le biais d’intégration des données périphériques. Soit il le fait en suscitant la «réparation» du/des référentiel(s)source(s) mis en cause, soit il fait appel à la vicariance du système en demandant au cerveau du sujet de faire tourner le catalogue des stratégies posturocinétiques pour changer de répertoire. C’est là où intervient l’orthopractie.

 

L’ambition de la formation est de donner cette double compétence.

 

 

5) Nombreux sont ceux qui associent le mot posture à l’attitude physique, visible et palpable,(macroscopique) du corps alors qu’elle est avant tout une conséquence : le bébé ne se tient pas debout spontanément, il doit accumuler du vécu sensorimoteur pour élaborer son droit devant. Pour cette raison, nous préférons parler de maintien postural plutôt que de posture et notre intérêt va plutôt à l’étude des variables neurosensorielles qui sous-tendent cette activité physiologique fondamentale. C’est comme entre vertige (vertigo) et déséquilibre (dizziness) : même si le soma rétroinforme le SNC sur son état, il faut savoir faire le distingo entre l’élaboration des différentes composantes de la commande motrice et de sa représentation mentale (maintien postural et schèmes corporels) avec sa résultante (la posture). Le posturologue s’intéresse plus à ce qui les tord les gens qu’au fait qu’ils sont tordus.

 

 

6) Sur terre, la vie est conditionnée par la capacité que nous avons à nous situer dans l’environnement gravitaire et à nous adapter aux variations de cette relation, qu’elles soient engendrées par des forces externes ou internes. Ceci relève d’activités cognitives élaborées à haut niveau central parce que le cerveau humain, hors les réponses réflexes stéréotypées de premier niveau, ne répond aux stimuli qu’après leur avoir donné du sens. Quand les perturbations des circuits sensorimoteurs altèrent la distribution du tonus postural, ce sont en réalité toutes les composantes du répertoire de tâches établissant l’interaction organisme-environnement qui sont altérées. Ces anomalies sont d’autant plus préjudiciables si elles surviennent dans un organisme en pleine maturation neuronale, cognitive et morphologique : les enfants sont plus particulièrement exposés.

 

   
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